Trois mots...


 

C'est le point de fuite à l'horizon qui l'attire et la fascine, ce lointain infini où terre, mer, et ciel se rencontrent. L'alchimie des techniques mixtes qu'elle utilise crée la métaphore de la transformation, matière, rappel du minéral sur toile, panneaux de bois ou ardoises. Avec sa gamme de couleurs, elle obtient une qualité miroitante, subtil reflet , évocation d'une nature aux brumes mystérieuses. Ainsi chaque œuvre suggère une poésie abstraite née du plaisir de la surprise, de ce qui est incertain et aléatoire. Le changement de point de vue crée un mouvement de la lumière dans l'espace du tableau.

De ses peintures émergent comme en écho de sa mémoire, des paysages.....Silencieusement ils nous entraînent dans les étendues rêveuses de réminiscences ou projets de lointains voyages,

Au cours d' un cheminement intime à travers un vaste espace, c'est la constance d'un hommage  inquiet à la précieuse beauté du monde.

Depuis 1986 Claire Coutelle a travaillé pour le théâtre , l'opéra comme costumière, créateur de masques et d' accessoires et puis comme sculpteur de décors. Depuis 1992, c'est pour le cinéma uniquement en tant que peintre décoratrice.1989, première exposition de peintures .

En dehors de Paris, son parcours artistique l'a amenée à de longs séjours en Italie, au Mexique et depuis 2002 au Canada, B.C.

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It’s the vanishing point on the horizon that attracts and fascinates her, this infinite distance where earth, sea, and sky meet.

The alchemy of the mixed techniques she employs creates a metaphor of transformation, a mineral trace on canvas, wooden panels, or slate tiles.

A shimmering presence arises from her palette of colours, the subtle reflection of nature shrouded in mysterious mist.

Each work an abstract poem born of the pleasure of surprise stemming from the indeterminate and unpredictable.

Shifts of viewpoint create a movement of light in the space of the painting.

Landscapes emerge from her paintings like an echo of her memory…

Silently they lead us to the dreamy expanses of reminiscence or conjure up possible journeys ahead.

During this intimate unfolding through vast space, steadfast – anxious – tribute is paid to the world’s precious beauty.


Since 1986 Claire Coutelle has worked for the theatre, opera and in film as costume designer, creating masks and props for a variety of characters. She then shifted into set decoration, first as a sculptor, and, since 1992, working exclusively as a painter in this domain. Her artistic pursuits have taken her on extensive journeys to Italy and Mexico.

Claire Coutelle

Par Emmanuèle Lagrange

 

 

« On ne regarde avec une passion esthétique que les paysages que l'on a d'abord vus en rêve »

Gaston Bachelard – L'Eau et les Rêves

Oui, c'est bien d'images de la matière des songes chères à Gaston Bachelard dont il s'agit ici. Grâce à un secret mélange d'ingrédients et de savoir faire, d'intention et d'invite à l'imprévu - une technique dite mixte - Claire Coutelle nous reconnecte à nos paysages intimes.

Sur des formats carrés ou rectangulaires de tailles variables et de matériaux souvent récupérés (cartons, ardoises, papiers, verre et bois divers...) mais aussi sur toile, vibrent dans une lumière de genèse des ombres brûlées, terre de Sienne, brun Van Dick, cobalt, bleu lumière et céruléen, jaune de Naples, oxyde rouge, vermillon, orange, vert Véronèse, noir d'ivoire, blanc de titane, laque de Garance, nacre, or, argent... L'imagination suit l’œil, chemine à travers les aplats, les textures, les lignes, les transparences, y sculpte une géographie minérale ou végétale, prend possession de l'espace en musardant dans ce temps suspendu où il fait bon se perdre. C'est comme d'entrer dans une maison inconnue où on resterait bien. Mais où sont les habitants ? Pas de personnages, parfois juste des silhouettes, la trace d’un passage, d’une présence... Des réminiscences. Alors, presque à notre insu, notre esprit se calme, se détache du présent et s'installe dans une contemplation qui ensoleille.

Après quelques minutes d'immersion, de voltige, d'errements dans ces steppes, fjords, landes, marais, sous-bois humides, rivières embrumées, campagnes endormies, villes-mirages, on ressent un profond bien-être, une solitude pleine, un retour au plaisir simple d'être là et de recevoir. Une énergie étonnante émane du tableau, comme d'une gemme. Faites l'expérience de l'observer à différentes heures du jour. Reliefs, nuages, végétations, tout bouge, se creuse, enfle ; on distingue de nouvelles formes, de nouvelles strates dans la matière de l'image. Les paysages de Claire Coutelle sont des mystères qui se renouvellent, suivent notre humeur, notre soif d'y voir, d'y retrouver, d'y renouer avec on ne sait pas toujours quoi mais ce dont on est sûr, c'est qu'ils nous accueillent et s'ouvrent à nous avec bonheur. Ils sont d'une simplicité toute subtile, de celle qu'on sent polie par le temps, l’attente, un palimpseste d'émotions, d'expériences, d’aléas saisis d’une main heureuse. On ne sait pas s'il s'agit ici d'évocations, de souvenirs, de projections mais on vit une impression de déjà vu, vécu, une proximité, un retour à l'essentiel, à des fondements, des racines.

 

C'est une peinture qui fait du bien, un filtre magique qui nous relie à un temps d'avant les mots et qu'un léger souffle fait affleurer à notre conscience. Surgissent alors une brise caressante, des susurrements d'élytres, le grondement d'un ressac, le cri d'un rapace, un clapotis, des pépiements, un bruissement, des effluves de pollen, de résines qui nous dessinent le chemin et nous accompagnent jusqu'à ce commencement, le long d'un sentier deviné, d'une lisière, jusqu'à la lumière de la ligne d'horizon. Ici, l'évidence explose dans le fracas des vagues au bas des cinq pigments de l'Univers : Bois, Feu, Métal, Eau, Terre. Le tableau s'affirme alors comme un miroir que nous tendrait Claire Coutelle, un miroir où apercevoir l'empreinte d'une poétique originelle.

 

Paris 2017